Comprendre nos tarifs
Nos tarifs suscitent souvent des questions légitimes. Nous avons souhaité vous expliquer ce qu'ils recouvrent, comment nous les avons décidés, et comment défendre un accès aux soins pour tout·es.
Nous avons fait le choix de réaliser des bilans neuropsychologiques complets, permettant une démarche diagnostique complexe et donnant ensuite accès à des adaptations et accompagnements spécifiques via les préconisations fournies (e.g. reconnaissance de la MDPH donnant accès à des aides, traitement médical, thérapies adaptées…). Après avoir longtemps sous-estimé le coût de ces bilans, nous avons décidé de fixer des tarifs reflétant davantage notre temps de travail (entre 9 et 15h selon les âges et les profils) et l'effort intellectuel associé à ce service. Cette augmentation de tarif nous permet également d'économiser notre énergie et de l'utiliser à bon escient (e.g. tenir nos connaissances à jour, créer des outils, nous former/former les étudiants…).
Cette décision a été le fruit d'une longue réflexion à l'issue de laquelle nous avons décidé de conserver la qualité de nos bilans, au détriment de notre souhait de maintenir des tarifs plus accessibles à tous·tes, et afin de limiter notre risque d'épuisement professionnel. De plus, un bilan moins cher (souvent moins complet), n'est souvent pas une économie du fait de la nécessité parfois de payer des bilans/consultations supplémentaires afin d'obtenir un résultat satisfaisant. De plus, au-delà d'une utilité diagnostique, nos bilans visent également à favoriser une bonne compréhension du fonctionnement global de chacun·e.
Nous avons bien sûr conscience de l'investissement financier qu'un bilan et qu'un suivi psychologique représentent, et nous aimerions qu'il en soit autrement (discussion à ce sujet dans les parties suivantes). Associer un coût à la santé mentale se confronte à nos valeurs personnelles et politiques. Déterminer nos propres tarifs en libéral vient alors défier l'empathie que nous avons pour nos patient·es. Malgré tout, nous devons nous adapter à la société dans laquelle nous évoluons, et la psychologie, bien que « métier passion », demeure notre source de revenu. Il est par ailleurs intéressant de constater qu'il existe une perception sociétale des métiers de soins comme étant difficiles à monétiser d'un point de vue éthique, ainsi que propices au sacrifice, les rendant alors d'autant plus vulnérables aux burn-out (épuisement professionnel, épuisement compassionnel). Assumer de proposer des tarifs à la juste valeur de notre travail est aussi une façon de militer pour une reconnaissance de notre profession.
Alors que les structures publiques de soin sont en train de couler, les professionnels de santé (dont nous-même) quittent de plus en plus le navire pour tenter l'aventure du libéral. Cette décision n'est pas prise par manque de solidarité, mais souvent du fait d'une souffrance professionnelle résultant des maltraitances institutionnelles, des politiques de rendement déshumanisant les patient·es, du manque de moyens financiers, ou encore de l'impossibilité de fournir un travail qualitatif par manque de temps (et la liste est encore longue…). Face à ce constat, l'État se tourne vers une libéralisation du soin (via « mon soutien psy », que nous boycottons), avant même d'envisager la réparation du service public qui est alors laissé à l'abandon. Nous nous positionnons évidemment pour le remboursement total et inconditionnel des soins, en priorisant le service public qui assure un accompagnement pluridisciplinaire et adapté aux situations complexes (ce que le libéral ne permet pas).
Dans ce contexte défavorable, nous pensons qu'il n'incombe pas aux professionnels libéraux de compenser l'absence de soutien de l'État par la dévalorisation financière de leur travail. En effet, ce type de compensation dissimule les réelles conséquences des politiques actuelles, et favorise l'inaction de l'État. En effet, pourquoi allouer plus de budget à la santé si les professionnels et les associations permettent de maintenir un équilibre, certes instable, mais jugé suffisant ? Pour faire une métaphore : si nous mettons des pansements sur une blessure hémorragique, le sang coulera moins, mais le problème ne sera pas réglé à sa source et il faudra remplacer les pansements encore et encore…
Nous devons être honnêtes, être psychologue en libéral est avantageux sur plusieurs plans : indépendance dans l'organisation de notre planning (temps d'écrits, de réflexion, de formation, congés…), liberté des tarifs et des outils utilisés, absence de hiérarchie, possibilité de réorienter les patient·es selon nos compétences.
Cette situation n'est cependant pas toujours idéale, et implique évidemment des inconvénients : risque d'isolement, besoin de constituer un réseau de professionnels de santé de confiance, insécurité financière (en cas de maladie/grossesse, pour la retraite, en cas d'annulation de rendez-vous…), exigences en termes d'organisation et de gestion administrative et comptable, liberté du planning pouvant mener à dépasser nos limites et à nous épuiser par souhait d'aider un maximum de personnes.
En tant que patient·es, il est nécessaire de choisir de se tourner vers des structures publiques (impliquant plusieurs années d'attente et accompagnement parfois insatisfaisant voire maltraitant) ou vers des professionnel·les en libéral (impliquant un coût supérieur). En tant que praticien·nes, ce choix du libéral nous met dans une position inconfortable avec un choix entre : baisser nos prix et la qualité de notre travail, ou augmenter les prix et respecter nos exigences, mais accepter de ne pas être accessibles à l'ensemble de la population (notamment les personnes les plus précaires).
En tant que professionnel·les de santé, nous avons plusieurs façons de lutter pour un meilleur accès aux soins :
- En valorisant notre travail, afin d'assurer un accompagnement individualisé et de qualité.
- En proposant des facilités de paiement pour les personnes les plus précaires (tarif réduit, échelonnement des paiements).
- En nous syndiquant (SNP) et en militant pour l'évolution des remboursements.
- En rejoignant une CPTS (Communauté Professionnelle Territoriale de Santé) afin de travailler sur une meilleure coordination des soins.
- En dénonçant ouvertement les dysfonctionnements politiques actuels.
- En politisant nos accompagnements, à travers une vision individuelle, systémique et sociétale de chaque personne. La neutralité n'a pas sa place en psychologie, car la santé mentale ne peut pas être limitée au seul travail de l'individu qui est trop souvent pathologisé.
- En privilégiant un engagement politique sur le plan personnel également.
En tant que citoyen·ne / patient·e :
- En effectuant des demandes de remboursement avec l'aide d'un·e assistant·e social·e si besoin. Notre système est construit de sorte à ce qu'il y ait peu d'informations quant aux aides envisageables, et qu'elles soient difficiles à obtenir (en termes de conditions, mais aussi de pénibilité administrative).
- En se renseignant sur la santé mentale et en informant l'entourage : la connaissance donne du pouvoir et favorise une meilleure orientation vers des soins adaptés.
- En militant politiquement pour l'accès aux soins.
- En s'intéressant au vécu des soignants, en dénonçant certaines pratiques problématiques/violentes, ou en valorisant les professionnel·les investie·s.
